Khartoum, 07 janvier 2026 —PRESS AFRICA— En proie à un conflit civil dévastateur depuis avril 2023, le Soudan, l’un des pays les plus riches en histoire d’Afrique, est aujourd’hui confronté à une crise financière profonde qui menace non seulement l’avenir de son économie mais aussi la survie de millions de ses citoyens.
La guerre entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF) a transformé ce pays de 45 millions d’habitants en un terrain d’affrontements qui ont paralysé secteurs productifs, marchés et institutions. Les conséquences économiques sont catastrophiques.
Effondrement du PIB et contraction de l’activité
Depuis le début de la guerre, l’économie soudanaise s’est contractée de manière spectaculaire. Des estimations concordantes montrent une chute du produit intérieur brut (PIB) de près de 40 % en 2023, suivie d’une nouvelle contraction en 2024, résultat direct de la destruction d’infrastructures, de la paralysie des échanges et de la rareté des intrants dans l’agriculture et l’industrie.
Cette baisse marque l’une des pires régressions économiques modernes pour un pays dont l’activité était déjà fragile avant le conflit. Le commerce extérieur s’est effondré, les chaînes d’approvisionnement sont interrompues et de nombreuses entreprises ont fermé ou déménagé leurs activités vers des régions plus sûres ou à l’étranger.
Inflation galopante et monnaie en chute libre
L’une des conséquences les plus visibles pour les citoyens est l’hyperinflation. Selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI) et d’analystes économiques, les prix à la consommation ont grimpé à plusieurs centaines de pourcents, détruisant le pouvoir d’achat des ménages soudanais.
La monnaie nationale, la livre soudanaise, s’est effondrée sur le marché parallèle, entraînant une perte presque totale de confiance dans le système monétaire. Dans certaines régions, les transactions se font désormais en dollars ou par troc, signe d’une monnaie qui a perdu sa fonction essentielle d’unité de compte.
Revenus publics et dette: au bord de l’asphyxie
Les revenus de l’État ont chuté de plus de 80 %, privant le gouvernement des moyens nécessaires pour financer les services publics essentiels ou intervenir pour stabiliser l’économie.
Parallèlement, le niveau d’endettement a explosé. La dette publique a grimpé à des niveaux records, dépassant largement le seuil de 250 % du PIB, conséquence d’arriérés accumulés et de l’arrêt des programmes d’allégement de la dette négociés avec le FMI et d’autres bailleurs internationaux avant la guerre.
Cette situation de surendettement, combinée à des déficits budgétaires gigantesques, place Khartoum dans une impasse financière sans précédent, rendant presque impossible toute politique économique viable tant que le conflit persiste.
Secteurs clés décimés et pauvreté généralisée
L’agriculture, auparavant pilier de l’économie soudanaise, est aujourd’hui en grande partie à l’arrêt, avec plus de 60 % des activités agricoles et industrielles perturbées ou complètement stoppées. Cela a non seulement réduit la production alimentaire locale, accentuant l’insécurité alimentaire, mais aussi éliminé l’un des rares secteurs encore capables de générer des revenus.
Selon des estimations d’organismes internationaux, plus de deux tiers de la population vit désormais sous le seuil d’extrême pauvreté, dépendant d’aides humanitaires pour survivre.
Perspectives et interventions internationales
Même si certaines projections suggèrent une possible atténuation de l’inflation et un léger redressement du PIB si une paix durable est instaurée, ces scénarios restent dépendants d’un cessez-le-feu réel et de la reconstruction des institutions étatiques.
Des organisations internationales et des banques de développement ont appelé à une aide massive pour éviter un effondrement complet du pays et soutenir les populations, mais les efforts sont entravés par l’insécurité persistante.
Au Soudan, la guerre ne se livre pas seulement sur les champs de bataille; elle a aussi détruit l’économie. Hyperinflation, chute de la production, effondrement du revenu public et surendettement ont plongé des millions de soudanais dans une détresse financière profonde. Tant que la paix reste hors de portée, les perspectives économiques du pays restent sombrement incertaines, et la reconstruction d’une économie viable nécessitera un engagement international soutenu sur de nombreuses années.
Rédactrice : BAWA ALLAH Khadidjatou A.

