Bénin-Niger : la crise aux multiples répercussions

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Bénin-Niger : la crise aux multiples répercussions

Niamey, 07 janvier 2026 —PRESS AFRICA— La crise diplomatique entre le Niger et le Bénin, qui couve depuis le coup d’État de juillet 2023 et s’est intensifiée depuis 2025, est désormais entrée dans une phase d’escalade ouverte avec l’expulsion réciproque de diplomates et la suspension des activités de l’ambassade du Bénin à Niamey.

Cette détérioration des relations entre deux États voisins en Afrique de l’Ouest augure de conséquences politiques, économiques et sociales significatives pour les populations et les économies des deux pays, mais aussi pour la dynamique régionale.

Un climat diplomatique au point mort

L’envenimation des relations s’est accentuée début janvier 2026, après que Niamey a déclaré « persona non grata » le principal conseiller de l’ambassade du Bénin, en réponse à l’expulsion précédente de deux fonctionnaires nigériens à Cotonou. Les représailles diplomatiques ont culminé avec l’annonce par le Bénin de la suspension des activités de sa représentation à Niamey, impactant directement les services consulaires pour les ressortissants béninois au Niger.

Ce bras de fer prend place dans un contexte déjà fragile : la frontière terrestre entre les deux pays reste fermée depuis plusieurs années, et Niamey justifie cette mesure par des préoccupations sécuritaires et des accusations de « menaces externes » que Cotonou rejette fermement.

Économie et commerce transfrontalier en souffrance

L’un des effets les plus immédiats de cette crise est le dysfonctionnement des échanges commerciaux. Depuis la fermeture de la frontière nigérienne, le trafic des biens transitant par le corridor Benin-Niger, notamment via le port de Cotonou, a été considérablement réduit, pesant sur les recettes portuaires et sur les entreprises de transport. Déjà en 2024, la chute du volume de fret avait fait chuter le chiffre d’affaires du port de Cotonou de 10 à 15 %, avec un impact direct sur les opérateurs économiques béninois et nigériens.

Pour le Niger — pays enclavé dépendant des corridors de transit pour l’importation de biens essentiels — cette situation accroît les coûts logistiques et pourrait renforcer l’inflation des produits de première nécessité si aucune alternative efficace n’est mise en place. Du côté béninois, les entreprises liées au transit et à la logistique voient leurs marges comprimées, ce qui pourrait freiner la croissance locale dans les régions frontalières.

Communautés locales et mobilité entravée

Outre l’impact économique, les populations des deux côtés de la frontière sont directement affectées. De nombreux ménages familiaux et réseaux commerciaux qui dépendaient des échanges transfrontaliers se retrouvent contraints d’adopter des itinéraires détournés ou de renoncer à certaines activités économiques. La fermeture prolongée entraîne également une mobilité réduite pour les travailleurs, étudiants et patients nécessitant des soins.

La suspension des services consulaires complique en outre l’accès aux documents administratifs pour les ressortissants béninois résidant au Niger, ainsi que les démarches de visa et d’assistance, menaçant la sécurité juridique et sociale de ces communautés.

Conséquences sécuritaires et diplomatiques régionales

Sur le plan politique, cette crise s’inscrit dans un contexte plus large de tensions en Afrique de l’Ouest, où les transitions politiques et les tentatives d’insurrections ont fragilisé la coopération régionale. L’incapacité à maintenir un dialogue constructif entre Niamey et Cotonou risque d’affaiblir les mécanismes de coopération en matière de sécurité, notamment dans la lutte contre l’insécurité transfrontalière et l’expansion de groupes armés dans la région sahélienne et soudanienne.

Par ailleurs, l’absence de concertation entre les deux gouvernements peut réduire l’efficacité des initiatives sous-régionales, notamment au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), sur des dossiers sensibles comme la sécurité, la migration ou les infrastructures régionales.

Voies de sortie : médiation et échéances politiques

Plusieurs analystes et acteurs régionaux estiment que la situation actuelle nécessite davantage de médiation que d’antagonisme pour restaurer des relations normales. Des tentatives de médiation ont été rapportées par le passé, mais n’ont pas encore abouti à des avancées durables. Certains observateurs estiment que les échéances électorales au Bénin en avril 2026 pourraient être une fenêtre pour relancer le dialogue bilatéral, tandis que d’autres appellent les institutions sous-régionales à intensifier leurs efforts pour éviter un isolement prolongé de Niamey et ses effets collatéraux.

La crise diplomatique entre le Niger et le Bénin, loin d’être un différend isolé, a des implications profondes pour l’économie, la stabilité sociale et la sécurité régionale. Si elle n’est pas rapidement résolue, cette rupture de confiance pourrait freiner le développement des deux pays et fragiliser davantage une région déjà confrontée à d’importants défis économiques et sécuritaires. Le chemin vers une normalisation des relations reste sinueux, mais il demeure essentiel pour les perspectives de coopération ouest-africaine à court et moyen terme.

Rédactrice : BAWA ALLAH Khadidjatou A.

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