Éthiopie/Finance: une dépendance extérieure en recul, mais…

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Éthiopie/Finance: une dépendance extérieure en recul, mais…

Addis-Abeba, 5 novembre 2025 —PRESS AFRICA— Le dernier bilan économique de l’Éthiopie montre une amélioration sensible de son profil d’endettement extérieur, mais aussi une forte vulnérabilité qui continue de peser sur sa trajectoire de développement.

Une baisse encourageante, mais une fragilité toujours présente

Selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI) publié récemment, la dette publique et publique garantie de l’Ethiopie représentait 34,8 % du PIB à fin juin 2024, contre 40,2 % un an plus tôt, et 48,9 % à fin 2021/22. Plus précisément, la part de la dette publique extérieure par rapport au PIB s’établissait à 15,0 % à la même date, en recul par rapport à 18,1 % l’année précédente.

Autre indicateur clé : le ratio « valeur actuelle de la dette publique extérieure / PIB » est estimé à 19,1 % pour 2023, et pourrait remonter à 21,8 % en 2025. Ces chiffres suggèrent que l’Ethiopie parvient à modérer sa dépendance financière extérieure — c’est-à-dire sa capacité à financer ses besoins via la dette externe — dans un contexte économique marqué par des défis.

Pourquoi cette dépendance ?

Plusieurs éléments expliquent cette dynamique. Le pays a historiquement misé sur des emprunts externes (bilatéraux, multilatéraux, Eurobonds) pour financer ses programmes d’investissement et d’infrastructures. Selon la Banque africaine de développement (BAD), entre 2007 et 2023 la dette externe de l’Ethiopie est passée de 2,3 milliards $ (10 % du PIB) à 27,8 milliards $ (17,1 % du PIB) — soit une multiplication par près de 12.

Le pays fait face à de fortes contraintes en ressources internes (mobilisation fiscale, épargne nationale) et doit combler des besoins d’investissement élevés. L’exposition aux risques de change est élevée : une part importante de la dette est libellée en devises étrangères, ce qui rend l’Ethiopie sensible à la dépréciation de sa monnaie et aux conditions internationales.

Les seuils d’alerte franchis

Malgré l’amélioration du ratio dette/PIB, certains indicateurs montrent que l’Ethiopie reste à haut risque. Le ratio « dette extérieure/ exportations » est estimé à 179,8 % selon un rapport pour 2024, ce qui dépasse largement le seuil de 150 % retenu dans les analyses de soutenabilité.

Le ratio « service de la dette extérieure / exportations » a été estimé à 11,3 % pour 2023/24, au-dessus du seuil de 10 %. Le service (intérêts + principal) reste fortement exposé à la faiblesse des recettes d’exportation et à la contraction des ressources en devises.

Ces éléments montrent que, bien que la « dépendance » au sens ratio dette/PIB soit moindre, le pays reste très vulnérable à des chocs externes (monnaie, taux d’intérêt, exportations) qui peuvent contraindre fortement ses finances.

Les facteurs qui pèsent

Dépréciation de la monnaie et risque de change : La politique de flottement du birr, combinée à une inflation élevée, alourdit la charge de la dette extérieure en monnaie nationale.

Faibles recettes d’exportation : L’Ethiopie dépend fortement de quelques produits (notamment le café) et souffre d’un déficit commercial chronique, ce qui réduit la capacité à rembourser sa dette en devises.

Besoin élevé d’investissement : Le pays cherche à rattraper son retard infrastructurel et de développement via l’emprunt, ce qui renforce sa sensibilité aux conditions de financement.

Suspension/renégociation de la dette : L’Ethiopie est entrée dans le cadre de restructuration prévu par le Club de Paris/G20, ce qui a temporairement freiné les nouveaux décaissements externes.

Quelles perspectives ?

À court et moyen terme, plusieurs scénarios se dégagent. Si la situation reste stable, la baisse de la part de la dette extérieure dans le PIB pourrait se poursuivre, améliorant le profil de la dépendance extérieure.

Toutefois, un retournement est possible : le FMI prévoit que le ratio dette extérieure/PIB pourrait remonter à 21,8 % en 2025, en raison d’importants remboursements de principal (~3 milliards $) et de décaissements moindres.

Il sera crucial de renforcer les recettes d’exportation, stabiliser le taux de change, et limiter de nouveaux emprunts non concessionnels pour éviter un nouveau reflux de la dépendance.

La mise en œuvre d’un programme de réforme économique (mobilisation de recettes, efficacité de l’investissement, amélioration de la gouvernance) sera déterminante pour réduire non seulement le ratio mais aussi le risque associé.

L’Ethiopie parvient à réduire sa dépendance financière extérieure en tant que proportion du PIB, mais le tableau reste marqué par des fragilités structurelles. Même si l’indicateur global s’améliore, les ratios liés aux exportations et au service de la dette signalent que la nation reste exposée à un choc externe. La véritable question n’est donc pas seulement « combien ? », mais « dans quelles conditions ? ».

Rédacteur : Saïd TESSILIMI

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