Gambie : la succession de Barrow, entre enjeux et scénarios

Pressafrica Media
54 vues
7 lecture minimale
Divulgation : Ce site Web peut contenir des liens d'affiliation, ce qui signifie que je peux gagner une commission si vous cliquez sur le lien et effectuez un achat. Je recommande uniquement les produits ou services que j'utilise personnellement et qui, selon moi, apporteront une valeur ajoutée à mes lecteurs. Votre soutien est apprécié !
Gambie : la succession de Barrow, entre enjeux et scénarios

Banjul, 07 janvier 2026 —PRESS AFRICA— À moins d’un an de l’élection présidentielle prévue le 5 décembre 2026, la question de la succession à la tête de l’État gambien s’impose au cœur du débat public. Alors que le président Adama Barrow a annoncé sa candidature à un troisième mandat, l’équation politique demeure ouverte, entre soutien populaire, mécontentements sociaux, divisions de l’opposition et émergence de nouvelles ambitions. État des lieux des principaux enjeux et des candidats potentiels.

Quid de la succession ?

Président depuis 2017, Adama Barrow a officiellement confirmé son intention de briguer un nouveau mandat en 2026. Toutefois, cette perspective suscite de vives réserves au sein de l’opinion publique. Selon une enquête récente, 55 % des Gambiens estiment qu’il ne devrait pas se représenter. Cette candidature ravive ainsi le débat sensible sur la limitation des mandats, d’autant plus qu’une réforme constitutionnelle initiée en 2020 a échoué, avant d’être définitivement rejetée en 2024.

Le contexte politique reste marqué par une certaine instabilité. Tandis que l’opposition peine à se recomposer, de nouvelles figures tentent de capitaliser sur le mécontentement populaire et l’aspiration à un renouveau. La question de la succession de Barrow dépasse donc le cadre institutionnel : elle cristallise les interrogations sur l’avenir démocratique du pays, la légitimité du pouvoir et les attentes profondes de la population gambienne.

Les potentiels successeurs

Selon les sondages récents et les dynamiques politiques observées, trois profils attirent particulièrement l’attention en vue de l’échéance de 2026 : Adama Barrow, Talib Ahmed Bensouda et Ousainou Darboe.

Candidat à sa propre succession, le président sortant s’appuie sur le soutien de sa coalition et sur l’aval interne de son parti. Son argumentaire repose essentiellement sur son bilan de gouvernance, notamment en matière d’infrastructures et de réformes. Toutefois, une frange importante de l’électorat manifeste déjà son hostilité à un troisième mandat, pointant du doigt les promesses électorales de 2016 restées lettre morte et l’échec de la réforme constitutionnelle.

De son côté, Talib Ahmed Bensouda, actuel maire de Kanifing, connaît une progression notable dans les sondages, qui lui attribuent environ 18 % des intentions de vote. Pour de nombreux observateurs, il incarne une figure de renouveau, un « tiers-espace » en rupture avec le clivage traditionnel pouvoir-opposition. Néanmoins, son projet politique souffre encore d’une visibilité nationale limitée et devra se renforcer en termes de ressources et de réseau politique.

Quant à Ousainou Darboe, chef de l’opposition historique, il demeure un opposant crédible, fort d’une longue expérience politique et d’une reconnaissance nationale certaine. Cependant, son parti peine à s’imposer comme une véritable alternative majoritaire, alimentant le scepticisme d’une partie de la population quant à sa capacité de renouvellement.

Par ailleurs, un autre scénario reste envisageable : l’émergence d’un « outsider », figure nouvelle, indépendante ou issue de sensibilités diverses, capable de capter le mécontentement, la lassitude face au système politique traditionnel et l’aspiration à un changement profond.

Les ambiguïtés de l’alternance

Plusieurs facteurs contribuent à rendre l’issue du scrutin incertaine. Il s’agit de la fragmentation de l’opposition : malgré la multiplicité des partis et des candidatures potentielles, l’opposition reste divisée, ce qui affaiblit la constitution d’un front uni face au pouvoir en place. Il y a aussi les avantages du pouvoir sortant : Adama Barrow bénéficie des leviers institutionnels, d’un réseau de soutiens solides et d’un bilan visible, même s’il demeure contesté. Outre ces deux facteurs, on relève également, un électorat partagé et indécis : selon les sondages, environ 29 % des électeurs restent indécis, une frange susceptible de bouleverser les prévisions si elle est efficacement mobilisée et l’énigme institutionnelle : l’échec de la réforme constitutionnelle sur la limitation des mandats fragilise le consensus démocratique et alimente les doutes sur la solidité des institutions.

Quelle Gambie au soir du 5 décembre 2026 ?

La succession de Barrow ne se résume pas à un simple choix de personne. Elle pose des questions structurantes pour l’avenir de la Gambie : le respect des engagements démocratiques, notamment la limitation des mandats et la rénovation institutionnelle ; la capacité à proposer un projet crédible, cohérent et inclusif, répondant aux défis du développement, de l’emploi, des services publics et de la justice sociale ; la volonté d’encourager un renouvellement politique, à la fois générationnel et idéologique, afin de sortir des logiques de personnalisation du pouvoir ; et enfin, la consolidation d’un véritable pluralisme politique, fondé sur des partis solides, un débat démocratique réel et une société civile active.

À l’approche du 5 décembre 2026, l’équation de la succession d’Adama Barrow demeure donc complexe. Si le président sortant mise sur son bilan et sur l’unité de sa coalition, la défiance d’une partie de l’opinion, la montée de figures alternatives comme Talib Bensouda et les incertitudes liées à la recomposition de l’opposition ouvrent un espace réel au renouveau politique.

Au final, plus que la personnalité des candidats, c’est la crédibilité du projet politique, sa capacité à rassembler et à offrir des perspectives concrètes, qui pourrait déterminer l’avenir de la Gambie. À ce titre, la compétition électorale de décembre 2026 s’annonce plus ouverte et plus disputée qu’il y a cinq ans.

Rédactrice : BAWA ALLAH Khadidjatou A.

Partager cet article